La navette Aircoach me déposa un lundi 13 sur O’Connell Street. Je me souviens de l’air humide, du gris des immeubles et du ciel. Même si je fis l’acquisition d’un plan de la ville dès le lendemain, Anne-Sophie et Benoît furent mes guides pendant les premiers jours.
Je ne connaissais rien de Dublin. Je crois même n’avoir jamais vu une seule carte postale de la ville. C’était donc avec l’esprit vierge de toute représentation que je découvrais la capitale irlandaise. Je me sentais capable d’aimer cette destination que je n’avais pas vraiment choisie.
Pourtant, je commençai mon année Erasmus avec le cœur brisé. Une semaine après mon arrivée s’achevait ma première histoire d’amour. Au détour d’une conversation téléphonique. Le choc ne fut pas aussi brutal que l’on pourrait penser. J’étais enivrée par l’air de nouveauté et les nombreuses promesses de la Freshers’ Week.
L’ivresse ne dura pas. De tristes pensées et de douloureux souvenirs m’envahirent. Loin de l’aimé, j’étais mélancolique ; sans lui, je ne savais plus rien. J’eus l’impression d’avoir passé les derniers mois à bâtir une chimère. Pourquoi ne m’étais-je pas rendu compte que le deuxième protagoniste avait quitté le navire en cours de route ? Mes premiers mois à Dublin furent ceux d’une recherche désespérée d’explications.
Je me mis également à chercher des moyens d’apaiser ma douleur et mes angoisses. J’étais auparavant convaincue qu’une femme au XXIème siècle ne devait surtout pas souffrir à cause d’un homme. Mais il me fallait admettre que j’étais en train de vivre mon « premier chagrin d’amour » - notion que je trouvais bien risible. Ô jeu du sort !
L’aviron, la nécessité de se construire une existence sociale loin de Paris, le combat quasi-quotidien contre la bureaucratie de l’université… Tout cela m’occupait. Malheureusement, lorsque je revenais d’une mauvaise journée, d’un entraînement, d’une sortie, je retrouvais mes jolis boulets de peine.
A Dublin, je me rendais compte à quel point j’avais été vaine de croire qu’il y avait une possible stabilité à vingt ans. A Dublin, je luttais contre l’idée (stupide) que mon existence connaissait un coup d’arrêt. A Dublin, j’essayais d’apprendre à saisir les moments en suspension. Ceux qui font de vous des hommes reconnaissants d’une vie pleine de surprise. Une notion niaise mais salvatrice.