Revue de presse crypto-intello



Il est 19h, je quitte le bureau une heure après tout le monde. A cause de la migraine attrapée pendant une séance de brainstorming (ma boss adore ce mot qui signifie s’enfermer pendant des heures dans une salle avec plein de dossiers disposés en toile d’araignée sur la table), je renonce à me rendre au nocturne de la Pinacothèque. A la place, je rentre sagement chez moi - à pied, car le stagiaire non rémunéré se retrouve même à économiser ses tickets de métro. Je m’arrête en chemin chez Buci News afin d’attraper de quoi apaiser mes méninges : Grazia.
La couverture annonce un article intéressant : « Lookée, snob et arrogante. Ma stagiaire me fait une vie d’enfer ! ». Cette lecture promet d’être jubilatoire.  

Raté, c’est complètement out de plaindre les stagiaires précaires. Ce qui est in cette semaine, c’est de se mettre à la place du responsable de stage qui n’a jamais voulu d’un sous-fifre pour lui préparer ses dossiers. On veut bien partager le malaise de Ludmila (rédactrice en chef à la télé que Grazia juge nécessaire de décrire comme une « brune callipyge ») face au CV tordant de Joy qui écrit dans la catégorie "centres d’intérêt" « J’aime le sexe, fumer, boire, me retenir de faire pipi le plus longtemps possible, et dire des choses comme : "dans ton c… "». On compatit avec Laure qui s’est vue affublée d’une fille-à-papa pistonnée, fainéante et incapable… Par contre, quand Grazia essaie de passer des cas particuliers à une considération d’ordre général, on a droit aux propos du psychanalyste François Perlmutter « Les petits enfants des soixante-huitards ont été élevés dans un certain laxisme : échec de l’école, échec de l’autorité traditionnelle, des parents qui ont plus de difficultés avec eux que n’en avaient leurs propres parents avec eux. Ça donne des enfants insolents, qui ont l’impression d’avoir droit à tout. De plus, avec le chômage, ils s’éternisent à la maison et deviennent de jeunes adultes vindicatifs. »
La suite de l’article est EXTREMEMENT intéressante. On y apprend que la génération des années 2000 est la « génération Y », à prononcer comme le mot anglais « why », parce que c’est « une génération qui exige des réponses». Qu’un stagiaire coûte sept fois moins cher qu’un CDD. Mais que la plupart des stagiaires sont des pistonnés et par conséquent, des espions prêts à aller raconter à Papa ce qui se dit dans son dos.
Je viens de parcourir pour la troisième fois cet article afin de dégager l’argument de la journaliste Grazia. Je n’ai toujours pas compris. Ou comment lire des magazines féminins peut prendre le chou. Génération Y oblige ? Pour me détendre je vais fumer et boire du vin jusqu'au bout de la nuit. Et arriver défoncée au bureau demain matin. Comme l'auraient fait les générations précédentes. Back to basics.