Anatomie du Sentiment Amoureux [1]

Avant-propos

J'ai vingt-et-un ans, je séjourne actuellement à Dublin, et j'ai la prétention d'analyser l'Amour. Je procéderai à la dissection de façon brouillonne. Je ne vise ni l'objectivité, ni l'exhaustivité. Le pronom impersonnel 'on' fait principalement référence à ma personne. Les réflexions sont généralement basées sur mes propres expériences. Mais j'ose croire que l'amour présente une certaine universalité et qu'il est alors possible de le conceptualiser. Cependant, les propos qui suivent n'ont aucun but pédagogique. Il s'agit d'une psychanalyse publique.1



Il semblerait que se défaire des sentiments amoureux soit aussi simple et rapide qu'atteindre l'état amoureux.2 Malheureusement, je ne suis douée pour aucune de ces choses.
J'ai longtemps perçu le sentiment amoureux comme une contrainte. C'est un boulet fixé au coeur, une prison psychologique, une peine à perpétuité. Un sujet qui, visiblement, se prête trop facilement aux métaphores filées. Le sentiment amoureux créé une dépendance qui conduit à un état d'instabilité mentale et physique. L'Etre aimé rassure dans la mesure où il valide un ensemble de caractéristiques physiques et de caractères à un moment donné. L'Etre aimé approuve mon corps et mon âme dans son intégralité. Il me donne une raison d'être. C'est le miroir qui dit “tu es une personne justifiée puisque tu es digne d'être aimé, poursuis donc ton chemin”. L'amour a vraisemblablement une dimension égoïste et égocentrique. (à développer)

L'idée selon laquelle le sexe reflète l'attachement amoureux et entretient la dépendance (et donc la postérité du Couple) est largement diffusée. Elle s'incruste dans le cerveau de l'être humain dès l'enfance. Le Prince charmant embrasse sur la bouche la Belle au bois dormant, ils vivent ensuite heureux pour le reste de leur vie. Si un individu s'enquiert de la déliquescence de son couple, il est très probable que l'interlocuteur lui demande si le couple fait chambre à part. 
 
Je ne crois pas être une personne très charnelle. Certes, j'aime le réconfort que l'on peut trouver dans les bras d'un(e) autre, ami(e) ou amant(e). Mais je pense pouvoir me satisfaire d'une relation platonique. Je me souviens avoir été séduite par l'idée lorsque j'avais rencontré pour la première fois ce mot dans un roman de l'Ecole des Loisirs. C'était en CE1. Plusieurs amies m'ont préconisé la multiplication des partenaires sexuels comme remède contre la déprime post-rupture. “Un corps perdu, dix de retrouvés”. Je n'y ai pas vraiment cru, je ne voulais pas, et je me dégoutais moi-même lorsque je me surprenais à flirter avec un malheureux. Ça, c'était quand je pensais que nous nous aimions pour toujours et que ça reviendrait à souiller notre amour. (vous êtes autorisés à vous moquer de mon côté naïf) J'étais prête à accepter le fait qu'il m'ait trompée, qu'il ait trente maîtresses, etc.. mais je refusais d'imaginer d'autres lèvres que les siennes sur ma peau. Mais un beau jour, j'eus vingt-et-un ans et je découvrais qu'on pouvait très bien déclarer sans y croire 'Nous ne nous oublierons jamais, nous nous retrouverons, etc.'. DÉSILLUSION. DÉCEPTION. MODE "CHASSERESSE"3 ENCLENCHÉ.


1 Le public étant constitué d'une lectrice montréalaise et d'une grenouille résidant à Philadelphie.
2 Observation d'après un échantillon d'une personne sélectionnée aléatoirement.
3 expression empruntée à la grenouille.