Habiller les murs


Lorsque j'ai découvert la rive nord des Docklands, j'ai eu l'étrange impression de visiter une cité Lego construite à partir d'un kit composé de plaques de verre, de hauts lampadaires, de quelques CCTV... mais il manquait quelque chose. Des personnages. Il faudrait sûrement attendre le prochain Noël pour recevoir les bonshommes.
Ma première impression était presque fausse; il y a des présences humaines dans ce quartier mais on ne les voit pas, elles sont cachées dans des tours de verre. Parfois, des vagues humaines déferlent sur Mayor Street. Mais rien à voir avec la foule de promeneurs de Henry Street. Ici, le nombre de cravates par mètre carré est plus élevé qu'ailleurs car on y trouve notamment l'International Financial Services Centre, les bureaux de Bulgari et de PricewaterhouseCoopers.
Pour que le North Bank ne devienne pas une ville fantôme une fois que les employés éteignent leurs ordinateurs, on a construit des complexes résidentiels. De mon balcon, je vois ainsi pêle-mêle des tours de verre, une ligne de tramway, des squelettes immobiliers en béton armé et des entrepôts à l'abandon.
J'habite l'un de ces quartiers en reconversion. Le résultat est spectaculaire : si l'on fait abstraction des canaux encore en travaux, on peine à croire que le quartier abritait autrefois des usines liées au port de Dublin. Des murs se sont élevés et remplacent les containers. Le Convention Center conçu par Kevin Roche ou l'entrepôt de tabac rénové et rebaptisé CHQ sont devenus des 'landmarks' de la capitale irlandaise.
Comme pour apporter un supplément d'âme à ces constructions modernes, l'art a été introduit dans les espaces publics. Le long des quais se trouvent des oeuvres d'art qui rappellent le passé. En face de l'IFSC s'élèvent les sculptures émaciées de Norma Smurfit en l'honneur des Irlandais qui ont dû fuir à cause de la famine. Sur les pavés, l'art.
L'art habille aussi les murs. Il y a des graffitis sur les palissades et au détour d'une rue, et des initiatives officielles comme 'The Art Park'. Côté face, le Convention Centre de Dublin bombe le torse avec sa tour penchée transparente. Côté pile, un massif mur rose pale, hideux. La nuit, les passants lèvent les yeux, s'arrêtent, et découvrent une galerie d'art en plein air. En janvier, j'ai pu admirer des photographies de Barry McCall, relever une citation d'Helmut Newton.

En même temps ou presque, l'exposition 'Outside In' s'est ouverte dans l'un des nombreux locaux commerciaux qui ne trouvent pas loueurs. Le sol et les murs sont à l'état brut, on voit des câbles électriques pendre, ça ressemble à une cave en travaux. On est loin des galeries feutrées de St Stephen's Green. Mais qu'importe la manière dont l'art envahit notre quotidien, pourvu qu'il apporte un peu d'éclat à nos mornes journées.







Exposition 'Outside In', vue de l'extérieur. Avec mon coupe-vent et mes doigts blessés en bonus